Cabinet de curiosités

Bienvenue dans le foutoir de mon cerveau.

006 – Love you too

RAGS TO RUFUS —1974 — Rufus & Chaka Khan

Je me suis pas mal interrogé sur ce disque, pour savoir d’où il tirait son pouvoir de me faire shaker mon boulard. Réflexion faite, je pense que c’est parce qu’il regroupe absolument tout ce que je kiffe.

Écouter sur : Quobuz — Deezer

D’abord une ouverture (« You got the love »), à moitié funk, très très rock, pas vraiment soul, qui donne le ton: « love me right, hold me tight », dit-elle.  Reçu 5/5, Chaka. Je suis de toute façon incapable de gérer quoi que ce soit parce que le riff de gratte et les pèches me tiennent vicieusement serré par les hanches. Pas de panique, je compte bien rester là. Jusqu’au bridge, du moins. Parce que désolé, mais cette basse qui rentre et marque toutes les croches, ça me fait vibrer l’échine à chaque fois. Alors qu’importe les instructions du début, je suis physiquement incapable de tenir quelqu’un contre moi, à moins que vous vouliez prendre le risque de faire du Hula Hoop collé-serré dans le salon avec moi.

Au détour de « Rag To Rufus », on quitte la soul et le funk, et on m’emmène dans un univers qui ressemble à celui du jazz fusion. En fermant les yeux, on pourrait se croire dans un morceau d’Herbie Hancock: on fait des breaks à l’unisson, on a des thèmes et des mélodies qui dégoulinent leur trop-plein de notes, et des cuivres qui viennent marquer des ritournelles répétitives et enivrantes. Les chipies font mines de vous emmener quelques part, et dès que vous y êtes presque, elles changent brutalement de direction et vous emmènent ailleurs.

Puis il y a ces morceaux comme « Swing Down Chariot » qui commencent mine de rien, avec un riff de piano, et un pattern trinaire à la batterie. Alors bien sûr, cela groove la mort dès le début, mais jamais, à l’écoute de la première minute, vous ne pouvez vous douter de jusqu’où va vous embarquer la chanson. Parce que pendant les 3 minutes restantes, on va ne faire qu’empiler: un deuxième riff d’orgue d’abord, des cuivres ensuite, une basse qui vient driver tout cela, puis enfin une chorale qui chante en chœur à gorges déployées. C’est une progression infinie, une élévation vers le ciel, une rampe vers le divin.  

Alors évidemment, quand à la fin de tout cela, on vous demandera « Tell me something good », vous ne saurez pas dire grand-chose d’autre que « I love you ». Mais ne vous tracassez pas, ça fait la même chose à tout le monde. Enfin à moi, en tous cas.