En mars 2026, il y a eu Paris. Nous avons « fait » Paris.
Yessssss! Un truc en moins à cocher sur la foutue to-do list de nos aventures.
Hop. Une story, et paf, « Paris, j’y étais ».
La Joconde – « check ».
La Tour Eiffel – « done ».
Montmartre – « ok ».
Alors évidemment, dit comme ça, c’est un peu violent et pas très vendeur. Et avec nos 67,5 km sur la semaine, nos jeux de pistes et nos explorations, les amis qu’on venait voir et nos deux marmots trop-gnons, c’était pas vraiment notre mood à nous. Mais pour tous les toutous avec qui on a fait le grand chelem, l’impact du tourisme d’Instagram et TikTok donnait un peu envie de vomir.
Partout, on se presse et on se bouscule un peu. Pas pour admirer l’œuvre du temps ou le talent de Leonardo, mais pour être sûrs d’avoir un cliché et une vidéo qui rentrent dans nos 4:5e, nos formats courts, nos contenus imposés par les algorithmes, qui seront validés sans être regardés par des pouces inconnus qui gobent du contenu les yeux vidés d’intérêt.
Donc en bref, nous on se bouscule sans regarder Mona Lisa parce qu’on essaie de la photographier, pour la caser dans des formats de merde qui se bousculeront dans les téléphones de gens qui ne la regarderont pas non plus. SUPER.
Alors moi, quand j’ai lu que le pauvre Leonardo avait trimballé Mona Lisa avec lui pendant une décennie sans savoir la finir tellement il la voulait parfaite, je me suis mis à la place du gars, et franchement, ça m’a foutu le cafard. Il faut dire que viser la perfection pour que finalement le monde entier voit vos trucs sans vraiment les regarder, c’est quand même un peu tristounet. Alors, s’en faire pour un artiste qui est mort il y a plus de 500 ans, c’est sans doute un excès d’empathie…
Mais après, j’ai vu ce gars.

Assis sur les marches de la Madeleine, face au premier soleil de l’année.
Le mec est posé le cul en plein soleil, n’est visiblement pas pressé et n’a à l’évidence rien d’autre à foutre que profiter. Et pourtant, son téléphone engloutit son entière attention. La beauté du moment, passée au broyeur de son foutu carré plein de pixels. Ne comptent que son plus beau profil et l’angle parfait, pour raconter à ses petits fololos à quel point il prend du plaisir à profiter du soleil. Ou à ne pas profiter du soleil, pour être précis. Parce que justement, il est en train de se niquer son moment privilégié en voulant le partager.
Alors oui, je suis un peu un vieux con, mais à force de vouloir partager nos vies à celle des autres, on ne se rend pas compte qu’elles défilent sans nous attendre. On oublie que ces moments sont autant de grains de sable perdus dans notre grand sablier personnel. Alors franchement, on n’essayerait pas de se réveiller un peu avant de crever? Nous déconnecter, pour nous reconnecter à ce qui compte vraiment: les gens, les moments, les sensations, les sentiments.
