Orchestre Les Volcans du Bénin, Vol 1 — 1980 (Rumba Africaine)
J’ai un problème récurrent avec les musiques africaines et les musiques afro-latines. Elles me rendent heureux. Mais genre vraiment. Un bonheur difficile à contenir, une envie de célébrer la vie, une urgence à vivre le moment.
Pourquoi est-ce un problème, me direz-vous ? Parce que cette urgence, elle me donne envie de tout envoyer chier.
Je ne parle pas de « tout » plaquer, bien entendu. Mais moi, les arpèges de guitares qui invitent à la fête, les basses qui gigotent, les percussions et les shakers, ça me donne envie d’arrêter tout, de sortir mes deux enceintes par la fenêtre, et d’arroser tout le quartier avec un bar mobile installé devant chez moi.
J’imagine les voisins qui s’agglutinent petit à petit, attirés par l’odeur du rhum et du citron vert, j’imagine les bières qui perlent au soleil. J’ai envie de lampions et de gens qui dansent sur le solo de trompette de « Oya Ka Jojo ». J’ai envie d’enceintes qui crachottent tellement elles gueulent, j’ai envie de cohue et de liesse. J’ai envie de bal populaire, bordel !
Plus sérieusement, ce qui me frustre en écoutant cette joyeuse symphonie, c’est de me rendre compte à quel point elle éveille en moins ces besoins sociaux, tout en constatant à quel point je suis mal à l’aise dans ces contextes. Parce que j’ai beau rêver de rumba de rue, je serais probablement le dernier à bouger mon boulard en public sur « Mercenariat Africa » si je devais mettre un jour ma pulsion à exécution.
Problème d’image sans doute.
Pas assez de confiance en soi, trop de prise au sérieux.
« Que penseront les badauds de mon déhanché ? »
« Merde, voilà que je danse comme un blanc, sans bouger mes pieds. »
« Et que faire avec mes mains ? Claquer des doigts comme un sexagénaire ? »
« Est-ce que je me prends trop au sérieux ? Pas assez ? »
Y’a rien à faire. Une fois sur la piste, ma tête bourdonne de tellement de « Vas-y Bertrand, lâche prise » qu’il m’est absolument impossible de lâcher prise sur quoi que ce soit.
Pourtant si j’étais dans mon salon je serais déjà en slip occupé à me trémousser sur le divan.
Pourtant si j’avais suivi les recommandations données dans « Gbemeho » et que j’avais filé écouter Toto Senior au Five to Five en 1980, je doute que la foule aurait été très regardante sur ma façon de danser.
Ne pas réussir à exprimer la moindre joie corporelle en public, quelle absurdité pour quelqu’un qui déborde d’enthousiasme à l’écoute de trois note de soukous.
Alors je vous en fais la promesse : un jour, à la fête des voisins, je sortirai mes enceintes, j’installerai mon bar mobile et ma rumba-caravane, et – devant tout le monde – je dandinerai mon boulard jusqu’à ce que l’entièreté de mon t-shirt soit rempli de sueur.
